Le 29 décembre 1810, à la veille de l'année nouvelle, Napoléon Ier signe un décret qui changera la France pour deux siècles. Il rétablit le monopole d'État sur la culture, la fabrication et la vente du tabac. La Révolution l'avait aboli en 1791 au nom de la liberté du commerce. Vingt ans plus tard, l'Empereur a besoin d'argent pour ses guerres. Le tabac est une recette idéale : on en consomme beaucoup, on peut le taxer lourdement, l'État seul peut le vendre. Le métier de buraliste vient de naître.
« Rétablissement du monopole sur la culture, la fabrication et la vente du tabac par Napoléon Ier ; création d'une régie d'État pour exploiter le monopole. » — Archives SEITA, 29 décembre 1810
Le monopole sera prorogé sous tous les régimes qui suivent — Restauration, Monarchie de Juillet, Second Empire, Troisième République. Sous Louis XIV déjà, Colbert avait fait du tabac un privilège royal en 1674. La Révolution avait coupé le fil. Napoléon le renoue.
Pendant 185 ans, vendre du tabac en France sera vendre pour l’État. Le monopole de fabrication ne tombera qu’en 1995, celui d’importation en 1976. Seul le monopole de vente au détail tient toujours : on compte aujourd’hui 24 000 buralistes en France. Le Marigny, soixante-dix-huit ans plus jeune que ce décret, est l’un d’eux.