Le journal · 1810 → 2004
Toutes les anecdotes
Deux siècles d'histoire du tabac, des jeux et du pari mutuel en France, racontés depuis le coin d'une rue de Vallauris.
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18101810 : Napoléon réinvente le monopole du tabac.
Le 29 décembre 1810, à la veille de l'année nouvelle, Napoléon Ier signe un décret qui changera la France pour deux siècles. Il rétablit le monopole d'État sur la culture, la fabrication et la vente du tabac. La Révolution l'avait aboli en 1791 au nom de la liberté du commerce. Vingt ans plus tard, l'Empereur a besoin d'argent pour ses guerres. Le tabac est une recette idéale : on en consomme beaucoup, on peut le taxer lourdement, l'État seul peut le vendre. Le métier de buraliste vient de naître.
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18111811 : la première enseigne des débitants.
Six mois après le décret impérial, la nouvelle régie passe aux travaux pratiques. Une circulaire du 7 juin 1811 organise les entrepôts, les magasins, les débits de vente. Et elle fait une chose qu'on oublie aujourd'hui : elle donne le modèle d'une enseigne à placer à l'extérieur de chaque bureau de débit. La République de 2026 croit avoir inventé la carotte rouge. C'est faux. Le Premier Empire avait déjà imposé sa signalétique.
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18881888 : la maison ouvre dans une ville de feu et d'argile.
Quand Le Marigny ouvre au coin de la rue, Vallauris ne ressemble pas à un village pittoresque. C'est une petite ville industrielle où soixante fours fument en continu. La terraille — marmites, jarres, vaisselle — descend chaque jour vers Golfe-Juan en charrettes, embarque sur les tartanes, et file vers Marseille, l'Algérie, le bassin méditerranéen. Le chemin de fer vient d'arriver. Les ateliers familiaux deviennent fabriques. Et dans son atelier, un certain Clément Massier invente une céramique de couleur, de feu, qui annoncera tout ce qui suivra.
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18911891 : un Catalan invente le pari moderne.
Joseph Oller naît à Terrassa, en Catalogne, en 1839. Sa famille débarque à Paris quand il a deux ans. Adolescent, son père l'envoie à Bilbao apprendre l'espagnol — il y découvre les combats de coqs et les paris qu'on y prend. De retour à Paris, le jeune homme observe les hippodromes, les bookmakers, les gros sous qui circulent sans règles. Il a vingt-huit ans quand il invente, en 1867, ce qu'on appellera le pari mutuel : les parieurs jouent les uns contre les autres, les sommes sont mutualisées, l'opérateur prélève sa part. Une révolution mathématique.
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19061906 : la France impose son losange rouge.
Le Marigny vend du tabac depuis dix-huit ans quand l'État décide, en 1906, qu'aucun débit ne pourra plus exister sans son enseigne. Le losange rouge devient obligatoire en façade. Il faut le commander, le poser, l'allumer — il sera désormais lumineux dans tous les coins de France. Vingt-quatre mille buralistes accrochent le même signe. Le tabac n'est plus un commerce parmi d'autres : c'est un service de l'État, signalé comme tel.
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19101910 : la France baptise ses deux cigarettes mythiques.
Avant 1910, la France fume les Hongroises — créées en 1876 par le monopole d'État, vendues à bon marché, sans véritable identité. En 1910, la Direction générale des manufactures de l'État décide de leur donner un nom français, à la hauteur du moment : nous sommes quarante ans après la défaite de 1871, dans un climat nationaliste tenace. Les Hongroises deviennent Gauloises. Le paquet sera bleu — comme la ligne des Vosges, cette frontière mythique qu'on voit depuis l'Alsace perdue. Le casque ailé du Gaulois orne le carton. Le même jour, la même régie lance une seconde marque pour une clientèle plus fortunée : les Gitanes. Le tabac brun se vendra désormais sous deux drapeaux.
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19261926 : Poincaré fait du tabac une entreprise.
L'année 1926 est une année de crise. La France sort exsangue de la Grande Guerre, le franc s'effondre, l'inflation galope. Raymond Poincaré, rappelé à la présidence du Conseil, doit trouver de l'argent. Il regarde du côté du tabac. La Régie d'État existe depuis 1810, gérée comme une administration. Poincaré décide d'en faire une entreprise — toujours publique, mais dotée d'une comptabilité propre, d'un conseil d'administration, et d'une mission claire : générer des recettes pour amortir la dette publique. La loi du 7 août 1926 crée le SEIT, Service d'Exploitation Industrielle des Tabacs.
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19301930 : six mots disparaissent, le PMU naît.
Pendant trente-neuf ans, la loi de 1891 a contenu le pari mutuel dans une enceinte précise : « sur leurs champs de courses exclusivement ». Six mots qui interdisent à un ouvrier de Paris ou un commerçant de province de miser sur les courses de Longchamp. Il faut être sur place. Le 12 mars 1930, la Chambre des députés vote la suppression de ces six mots. La loi de finances du 16 avril l'entérine. Le décret du 11 juillet officialise la chose. Et le 3 mars 1931, un parieur prend pour la première fois en France une mise sur un cheval sans avoir mis les pieds à l'hippodrome. Le Pari Mutuel Urbain est né.
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19331933 : un coiffeur de Tarascon empoche cinq millions.
Le 7 novembre 1933, au Trocadéro à Paris, cinq mille personnes assistent au premier tirage de la Loterie Nationale. L'État vient de la créer par décret, en juillet, pour aider les invalides de guerre, les anciens combattants et les victimes de calamités agricoles. L'idée vient d'une association d'anciens soldats défigurés au front — les Gueules Cassées — qui avait lancé sa propre tombola dès 1927. Cette fois, c'est la République qui prend le relais.
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19541954 : le Tiercé entre dans le dictionnaire.
22 janvier 1954, hippodrome d'Enghien, près de Paris. Le Prix Uranie va se courir devant une foule clairsemée par le froid. Personne ne sait que cet après-midi va changer pour toujours le rapport des Français aux paris. André Carrus, dirigeant du PMU depuis vingt-quatre ans, vient d'inventer un nouveau type de pari. Le parieur doit désigner les trois premiers chevaux dans l'ordre exact d'arrivée. Pour une mise dérisoire, des sommes considérables sont en jeu. Le pari porte un nom court, sonore, qu'on retient instantanément : Tiercé.
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19601960 : la SEITA invente une cigarette qui porte notre nom.
En mai 1960, le monopole d'État du tabac — la SEITA — lance une nouvelle cigarette haut de gamme. Tabac brun, papier poreux, paquet flip-top, blason bleu-blanc-rouge. On la veut élégante, parisienne, distinguée. On la baptise Marigny — pour évoquer le théâtre des Champs-Élysées, l'avenue qui longe l'Élysée, les quartiers chics. Le paquet coûte 1,70 franc, contre 1,15 pour les Gauloises. C'est une cigarette de prestige, faite pour les vitrines.
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19761976 : le Loto entre dans la vie des Français.
Le 19 mai 1976, au théâtre de l'Empire à Paris, on tire pour la première fois six numéros sur quarante-neuf. C'est un soir comme un autre. La publicité du nouveau jeu est interdite par la loi. Personne ne sait vraiment ce qui se passe. Le bilan du premier tirage est mince : 73 680 bulletins seulement. Pour une nouvelle loterie nationale, c'est un démarrage modeste. Mais l'idée est en marche. Jacques Chirac, alors Premier ministre, a officialisé le concept l'année d'avant. Maurice Caradet, secrétaire général de la Loterie Nationale, a porté l'idée depuis l'Allemagne, où le Nordwestlotto existe depuis 1955.
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20042004 : un vendredi 13 naît l'EuroMillions.
Vendredi 13 février 2004. La date n'est pas un hasard — c'est précisément ce jour-là, traditionnellement associé à la chance en France, que la FDJ choisit pour lancer le premier jeu de tirage paneuropéen de l'histoire. Trois opérateurs s'allient pour l'occasion : la Française des Jeux pour la France, le National Lottery pour le Royaume-Uni, Loterías y Apuestas del Estado pour l'Espagne. Le jeu a failli s'appeler Europa Loto. Puis Mega Millions. Finalement, ce sera EuroMillions. Cinq numéros entre 1 et 50, deux étoiles entre 1 et 12, un tirage commun aux trois pays.