Quand Le Marigny ouvre au coin de la rue, Vallauris ne ressemble pas à un village pittoresque. C'est une petite ville industrielle où soixante fours fument en continu. La terraille — marmites, jarres, vaisselle — descend chaque jour vers Golfe-Juan en charrettes, embarque sur les tartanes, et file vers Marseille, l'Algérie, le bassin méditerranéen. Le chemin de fer vient d'arriver. Les ateliers familiaux deviennent fabriques. Et dans son atelier, un certain Clément Massier invente une céramique de couleur, de feu, qui annoncera tout ce qui suivra.

« À la fin du XIXe siècle, soixante fabriques de poterie sont recensées à Vallauris. » — Archives de la ville

Stéphen Liégeard vient juste de baptiser la Côte d’Azur, l’année d’avant. La rue ne s’appelle pas encore Clemenceau — elle ne portera ce nom qu’en 1929, l’année où meurt le Tigre.

Le monopole napoléonien du tabac a 78 ans. Joseph Oller a inventé le pari mutuel sur les hippodromes vingt ans plus tôt, mais la loi qui le légalisera officiellement attend encore trois ans. Le PMU n’existera que dans 42 ans. La carotte rouge en façade, dans 18 ans. La Loterie Nationale, dans 45 ans. Le Loto, dans 88 ans. Et un certain Pablo Picasso, à Málaga, vient d’avoir 7 ans.

La maison sert toujours. 138 ans plus tard. Au coin de la même rue.