Avant 1910, la France fume les Hongroises — créées en 1876 par le monopole d'État, vendues à bon marché, sans véritable identité. En 1910, la Direction générale des manufactures de l'État décide de leur donner un nom français, à la hauteur du moment : nous sommes quarante ans après la défaite de 1871, dans un climat nationaliste tenace. Les Hongroises deviennent Gauloises. Le paquet sera bleu — comme la ligne des Vosges, cette frontière mythique qu'on voit depuis l'Alsace perdue. Le casque ailé du Gaulois orne le carton. Le même jour, la même régie lance une seconde marque pour une clientèle plus fortunée : les Gitanes. Le tabac brun se vendra désormais sous deux drapeaux.
« La couleur bleue des paquets rappelle la fameuse ligne bleue des Vosges qui séparait la France des provinces qu'elle avait perdues à l'Allemagne. » — Encyclopedia.com — Gitanes/Gauloises
Les deux marques traverseront tout le siècle. Gauloises Caporal sans filtre, puis Disque Bleu en 1956 quand les blondes américaines débarquent, puis Gauloises Blondes en 1984 pour ne pas mourir. Gitanes garde son élégance, sa danseuse de flamenco dessinée plus tard par Max Ponty.
Sartre, Gainsbourg, Picasso fument l’une ou l’autre. En 1999, le SEITA fusionne avec l’espagnol Tabacalera pour former Altadis. En 2008, le tout est racheté par le britannique Imperial Tobacco. Aujourd’hui les Gauloises et les Gitanes sont produites en Pologne.
Au Marigny, certains clients en réclament encore. On en a presque toujours en stock.