L'année 1926 est une année de crise. La France sort exsangue de la Grande Guerre, le franc s'effondre, l'inflation galope. Raymond Poincaré, rappelé à la présidence du Conseil, doit trouver de l'argent. Il regarde du côté du tabac. La Régie d'État existe depuis 1810, gérée comme une administration. Poincaré décide d'en faire une entreprise — toujours publique, mais dotée d'une comptabilité propre, d'un conseil d'administration, et d'une mission claire : générer des recettes pour amortir la dette publique. La loi du 7 août 1926 crée le SEIT, Service d'Exploitation Industrielle des Tabacs.

« Cet établissement public est administré par un conseil d'administration de 21 membres, dont le président est nommé par décret sur proposition du ministre des finances. Le SEIT devient le SEITA en 1935. » — Service des archives économiques et financières, ministère de l'Économie

Neuf ans plus tard, en 1935, le SEIT absorbe le monopole des allumettes — jusqu’alors géré par une compagnie séparée. Il devient le SEITA. Le sigle accompagnera tous les paquets français pendant soixante ans. Vingt-deux manufactures, des dizaines de milliers d’ouvrières roulant à la main, puis à la machine. Gauloises, Gitanes, Royale, Bastos, News.

Le SEITA est privatisé en 1995 par Jean-Dominique Comolli. Il fusionne en 1999 avec l’espagnol Tabacalera pour former Altadis. En 2008, le tout est racheté par le britannique Imperial Tobacco.

La grande maison française du tabac, née d’une crise financière, aura vécu soixante-neuf ans. Cent ans après le décret de Poincaré, le buraliste reste le dernier maillon visible de cette chaîne d’État.