Le 7 novembre 1933, au Trocadéro à Paris, cinq mille personnes assistent au premier tirage de la Loterie Nationale. L'État vient de la créer par décret, en juillet, pour aider les invalides de guerre, les anciens combattants et les victimes de calamités agricoles. L'idée vient d'une association d'anciens soldats défigurés au front — les Gueules Cassées — qui avait lancé sa propre tombola dès 1927. Cette fois, c'est la République qui prend le relais.

« L'heureux détenteur du numéro 18414 de la série H, marié, 50 ans, coiffeur à Tarascon, lègue son salon de coiffure à son assistant. » — Wikipédia — Loterie nationale

Il s’appelle Paul Bonhoure. Il empoche cinq millions de francs — l’équivalent de trois millions et demi d’euros aujourd’hui. Il s’achète une grosse voiture et une propriété de cinquante hectares près de Beaucaire, où il finira ses jours.

Sa nouvelle adresse, connue de tous, est rapidement accablée de courrier — demandes d’argent, escroqueries, suppliques. Les gagnants qui le suivront seront plus discrets. La leçon est apprise dès le premier tirage.

Quatre-vingt-treize ans plus tard, le ticket de Loterie Nationale est devenu un grattage, un tirage, un EuroMillions, une promesse renouvelée chaque soir. Au Marigny, on en vend toujours.