En mai 1960, le monopole d'État du tabac — la SEITA — lance une nouvelle cigarette haut de gamme. Tabac brun, papier poreux, paquet flip-top, blason bleu-blanc-rouge. On la veut élégante, parisienne, distinguée. On la baptise Marigny — pour évoquer le théâtre des Champs-Élysées, l'avenue qui longe l'Élysée, les quartiers chics. Le paquet coûte 1,70 franc, contre 1,15 pour les Gauloises. C'est une cigarette de prestige, faite pour les vitrines.

« La Marigny est vraiment la cigarette du repos et de la détente. » — Publicité SEITA, novembre 1962

Au même moment, dans toute la France, des bars-tabacs en difficulté reçoivent une proposition discrète du monopole : une aide financière substantielle en échange d’un changement de nom. Il faut prendre celui d’une marque maison — Balto, Narval, Marigny. Beaucoup acceptent. Des Marigny fleurissent à Santec, à Boulogne-Billancourt, à Limoges, à Muret.

Notre Marigny à nous, au coin de la rue Clemenceau, existe depuis 1888 — soixante-douze ans déjà. A-t-il changé de nom en 1960 pour toucher l’aide ? S’est-il toujours appelé ainsi ? Les archives manquent.

La cigarette Marigny existe encore en 2026, produite par Imperial Tobacco. Devenue rare, presque introuvable. Notre Marigny à nous, lui, est toujours là.